Le jeune artiste choisit des sujets assez traditionnels, forêt et plage. Dans la Normandie de son enfance où Boudin puis Jongkind l’avaient initié à la peinture de plein air, il exécute des marines mais aussi des « effets de neige ». Puis, à Paris et en banlieue, avec un accent particulier porté sur Argenteuil, dans les années 1870, ses paysages lumineux et colorés des bords de Seine reflètent le plein épanouissement de l’impressionnisme.
Dans les années 1880, des sites du Nord ou de l'Ouest de la France et de nombreux séjours en Normandie mais aussi sur la côte méditerranéenne, Belle-Île (1886) ou la Creuse (1889), lui offrent des motifs très divers. Ainsi, à la faveur de chacune de ses campagnes, Monet construit son regard sur la nature. Ses études de lumière et d’atmosphère prennent une place de plus en plus importante dans l’affirmation de sa personnalité artistique.
Si Monet est incontestablement un peintre de paysage, il aborde à de multiples reprises les tableaux de figure et les natures mortes. Avec Le déjeuner sur l’herbe ou Femmes au jardin, Monet ajoute le défi du plein air. Ces tableaux ne quittent presque jamais le musée d’Orsay qui les conserve. Pour la première fois, ils seront réunis avec des scènes d’intérieur et de plein air de la même période prêtés par des collections étrangères, formant un ensemble unique.

Par la suite, figures et portraits sont traités sur un mode plus suggestif et décoratif. Les personnages se fondent dans un univers d’efflorescences et de vibrations colorées, une « enveloppe », qui leur confère une certaine irréalité. Cette même évolution marque les natures mortes. Célébrations puissantes d’un monde plein de vitalité, les tableaux de nature morte servent à partir de la fin des années 1890 une vision plus méditative où les objets perdent leur matérialité au profit de jeux de couleurs et de lumière.
En 1890, alors âgé de 50 ans, Monet crée son jardin dans sa propriété de Giverny et s’inspire des paysages alentours, limitant désormais ses campagnes de peinture en France et à l’étranger. Il travaille de manière systématique à des tableaux d’après un même motif, conçus comme des ensembles manifestant l’évolution du motif selon les changements d’éclairage au fil des heures et des saisons.
Si les notions de constance, de répétition accompagnent la carrière de Monet et apparaissent avec force, l’exposition permet d’étudier d’une façon nouvelle comment la réflexion de l’artiste a opéré selon d’autres orientations : faisant appel à la mémoire, au rêve, à la nostalgie, le peintre a recours à diverses reprises au processus du retour en arrière.
Le cycle des Grandes Décorations de Nymphéas consacre Monet décorateur. Il marque l’aboutissement de recherches entamées plus tôt dans la carrière de l’artiste. Il exécute aussi des décors pour des amateurs, tel le collectionneur Ernest Hoschedé ou son marchand Paul Durand-Ruel. A partir des années 1890, à l’heure où la qualité décorative de la peinture apparaît comme une promesse de renouveau, Monet invente une voie personnelle, conciliant un attachement profond à la nature et la suggestion d’un univers poétique autonome. Ainsi, avec Monet, « le rêve devient la réalité », selon la belle formule de l’écrivain et ami du peintre, Octave Mirbeau.

A travers près de deux cents œuvres, cette rétrospective veut susciter la surprise, la réflexion et la délectation du visiteur grâce à des œuvres célèbres et des tableaux méconnus, mais aussi grâce à des rapprochements inhabituels et des regroupements d'œuvres inédits.
L'exposition veut également renouveler l'approche d'un grand artiste avec lequel s'accomplit le passage du xixe au xxe siècle.

Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux et le musée d'Orsay, Paris.
Elle est placée sous le haut patronage de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République française.
Cette exposition est réalisée grâce au mécénat exclusif de Natixis.
Commissaire général
Guy Cogeval, Président du Musée d’Orsay

Commissaires
Sylvie Patin, conservateur général au musée d'Orsay
Sylvie Patry, conservateur au musée d’Orsay
Anne Roquebert, conservateur en chef au musée d'Orsay
Richard Thomson, Watson Gordon Professor of Fine Art, Université d'Edimbourg

Scénographie
Hubert Le Gall